26/04/2006

HOMMAGE ET RESPECT PUR

 

 

 

 

 

 

 

 

J’étais le prototype de l’ado dans toute sa splendeur : difficile, rebelle, insaisissable.

Je n’avais aucun respect pour rien, ni personne.

Je ne voulais rien entendre, ni comprendre.

 

A l’école, j’ai toujours eu de bons résultats mais j’étais la première aussi à chahuter et j’affectionnais particulièrement les chahuts muets.

Super efficace.

Certains profs doivent encore aujourd’hui s’en souvenir.

Les pauvres entraient en classe et commençaient leur cours, crédules, sans savoir ce qui les attendait.

J’avais donné le briefing de départ à toutes mes petites camarades : « pas un mot SVP les filles ! Quelle que soit la question qu’il pose, aucune réponse. Silence total. La première qui moufte, tare ta gueule à la récré. »

Et toute la petite bande suivait !

Plus d’uns ont craqué.

 

Mais avec elle, je n’aurais jamais osé… simplement parce que je ne pouvais, et ne voulais contrer l’intelligence ni la supériorité.

 

Elle était prof de français en poésie et en rhétorique.

Le clone de Simone Signoret.

Elle en avait non seulement la ressemblance morphologique, mais aussi la prestance.

Ensuite, on ne discute pas avec l’excellence, la finesse.

On se laisse envoûter, on découvre, on s’émerveille, on s’en abreuve, on s’en nourrit même.

 

Elle entrait et le silence s’imposait, naturellement.

Pas le silence du chahut, non.

Le silence respectueux !

 

Lorsqu’elle nous donnait des sujets de dissertations, il nous fallait au départ une demi heure pour en comprendre les sens... elle stimulait notre intellect,  elle nous obligeait à réfléchir.

Quel cadeau !

 

Je suis restée en contact avec elle après mes humanités.

Nous avons fait une virée, elle et moi, un soir dans les alentours de la Grand Place.

Le professeur et son élève, loin des bancs de bois et des craies.

La complicité dans le simple amour des mots, des phrases et des périphrases.

 

Ce jour là, elle m’a avoué : «lorsque je corrigeais toutes les dissertations, je ne cherchais pas la tienne, je l’attendais. Mais quand je voyais ton écriture, je me versais un verre de vin, j’allumais une cigarette et je dégustais le tout ! »

 

Micheline G., vous vouliez que je vous tutoie.

Jamais je n’aurais pu.

Trop de respect pour vous.

Mais s’il est une chose que je veux vous rendre, c’est cet amour du français et de l’écriture que vous avez réussi à me donner.

 

Vous ne lirez jamais ceci.

J’ai appris dernièrement que vous voguiez ailleurs, mais je voulais vous rendre un gigantesque hommage.

 

Respect. Respect pur !

Merci à vous, Madame.

09:28 Écrit par Marivic | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

Commentaires

il est certains enseignants qui sont des passeurs de lumière.
Ils connaissent leur matière "de l'intérieur" et l'incarnent au sens propre du terme. Le mien enseignait le grec et le latin.

Écrit par : Mishim | 26/04/2006

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