24/03/2006

CE N'EST QU'UNE PUTE !

Elle est blonde.

Elle a les yeux d’un bleu profond.

Mais des yeux vides aussi, cernés.

Les traits tirés, les rides qui prennent peu à peu du terrain.

Le teint blafard sous un maquillage épais.

La voix rauque.

Le vernis de ses ongles s’écaille mais elle n’en a cure.

Elle est fatiguée, épuisée.

Pourtant, elle sourit encore et malgré tout. Un pauvre sourire.

Elle a envie de parler, elle qui écoute tout autant qu’elle assouvit.

 

Je la prends par la main et nous nous installons seules sur une terrasse.

Pour nous taire dans un premier temps.

Pour écouter la ville qui peu à peu s’essouffle, les voitures qui klaxonnent, le bruit des pas des promeneurs, la colère des sans-abri ou encore les rires des enfants qui traînent toujours à une heure si tardive dans les rues.

 

Elle commande un thé citron et enfin, doucement, laisse couler les larmes sur ses joues.

Je me tais encore. Je la respecte.

Pleure ma belle, pleure !

Laisse sortir de toi tout ce que tu retiens depuis si longtemps.

Abandonne toi pour une fois… toi qui joues au réceptacle moral et physique de tant d’âmes tristes. Tristes comme toi dans la plupart des cas.

 

Vide ton sac si tu le désires – d’autres l’on fait en toi, avec ou sans considération aucune !

Tu écoutes ceux qui veulent juste parler, tu panses les plaies de par ta seule présence, tu officies comme n’importe quel psy.

Tu vends un peu d’existence, un peu de fausse tendresse, de l’amour grimé, un quart d’heure volé à la vie, à leurs vies !

 

Ce n’est qu’une pute, pensent-ils.

 

Et la pute de se livrer entre deux sanglots.

Elle me parle de tous ces hommes amers, seuls, malheureux.

Elle évoque ces mâles qui paient pour un moment hors du temps.

Un moment que leur mère, que leur femme et que leurs enfants condamneraient à coup sûr.

Chez elle, pas de tribunal, pas de jugement, pas de condamnation justement… seulement un billet sur la table. Seulement !

Un billet sale, souillé et parfois libérateur.

Marchandise négociable.

 

Petite fille, jamais tu n’aurais imaginé un jour arpenter un trottoir. Tu étais une princesse comme une autre qui rêvait d’un prince charmant. Mais la vie ne t’a pas donné que des cadeaux. Et les cadeaux, comme on disait autrefois, c’est toi qui les prends à présent contre des morceaux de corps, d’instants d’intimité anonymes.

 

Eté comme hiver, toujours le même trottoir, le même pavé.

Pavé dans la mare.

Si ce n’est que ce pavé-là pourrait parfois faire des ronds dans l’eau pseudo limpide de la vie de certains couples.

 

… certains couples dont le mode de fonctionnement n’est pas si éloigné si ce n’est que ce n’est pas un sale billet sur la table qui régit leur continuité mais une soumission obligée pour éviter tout éclatement.

Paix négociée.

 

Toutes les putes n’arpentent pas que les trottoirs.

 

09:59 Écrit par Marivic | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

Commentaires

Ce n'est qu'une pute. C'est le message le plus touchant qu'il m'a été donné de lire de notre chère Vicky! D'accord, pas vraiment "drôle"... mais il m'a procuré une émotion intense! Je l'ai imprimé, pour le relire de temps en temps!
Même si je n'ai jamais été obligé d'avoir recours à leurs "services", je n'ai jamais regardé les putes avec condescendence ou mépris, mais je les considère maintenant avec encore un peu plus de tendresse... et de compassion.
Ce message a reçu un 5/5. Ce qui, pour moi, est exceptionnel. Ce que j'ai préféré? Le dernier paragraphe.

Merci Marivic.
Roger

Écrit par : Roger | 11/04/2006

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